Date:May 03, 2017

Seul un Gouvernement de transition, sans Paul Biya, peut sauver le Cameroun

Par Denis Foretia, MD.MPH.MBA.,

Le Cameroun, mon pays, est sur le point de commettre un suicide.  Comparons ce pays à un gros camion qui effectue un trajet sur une route avec des pneus crevés, un réservoir presque vide et un moteur sur le point de couler. Le conducteur ignore tous les signaux d’alerte et de détresse qui s’affichent sur le tableau de bord.

 La crise anglophone, qui a secoué le pays au cours des six derniers mois, n’est pas encore résolue. Cet épisode représente l’un des défis auxquels est confronté notre camion. En projetant sur la place publique des divergences fondamentales liées à l’histoire, le problème anglophone n’est rien d’autre que la face visible des maux qui menacent l’unité du pays.

Bien avant les soulèvements de la communauté anglophone, la situation du pays n’était pas enviable. Les Camerounais n’ont pas confiance au Président Paul Biya et à son gouvernement. Ce manque de confiance affecte le système judiciaire. En conséquence, les citoyens ordinaires, abandonnés à eux-mêmes,  recourent aux modes alternatifs de résolution des litiges. Pour ce peuple désabusé qui n’a plus confiance en son pouvoir judiciaire, la justice populaire devient la norme et la voie de recours ultimes.

La colère des camerounais est également perceptible sur le champ politique. Et pour cause, le parti au pouvoir a verrouillé le  système à telle enseigne que personne ne croit en un changement par la voie des urnes. Dans le contexte actuel, même Barack Obama perdrait une élection présidentielle face à Paul Biya, qui est âgé de 84 ans. Un fait tout à fait paradoxal: le Cameroun est un pays où les jeunes de 18 ans peuvent être recrutés dans les forces de défense comme soldats, aller en guerre pour défendre le drapeau national, mais sont contraints, de par la Loi, d’attendre jusqu’à l’âge de 20 ans pour pouvoir voter.

Les crises actuelles ont exacerbé une situation économique déjà précaire. Le cours du pétrole et d’autres produits de base sont en chute libre et on ne s’attend pas à ce que la situation change de si tôt. Le pays ne peut augmenter ses réserves de devises à travers les exportations. En effet, sa monnaie – le Franc CFA – est très forte et sa politique monétaire est pratiquement dictée par le gouvernement français. La suspension de l’Internet dans les Régions anglophones a considérablement réduit les investissements directs étrangers ; des décisions d’investissement ont été reportées ou annulées, compte tenu du risque politique–pays élevé. Le Cameroun, en somme, traverse une crise perpétuelle.

Certains pays aux indicateurs semblables ont connu des soulèvements populaires et violents. En temps de crise, l’altruisme doit être de mise. Lorsque les choses s’effondrent et que le piston central ne contrôle plus la périphérie, nous devons tous agir dans l’intérêt collectif du pays. Dans un avenir proche, seul un gouvernement de transition pourrait empêcher une rébellion et jeter les bases d’une véritable cohésion sociale.

Quel genre de gouvernement de transition ?

Le pays fait face à un dilemme: continuer sur le chemin actuel et imploser, ou construire un Cameroun nouveau, pluraliste et démocratique qui valorise la sécurité, le talent et l’expertise de ses citoyens. Pour ceux d’entre-nous qui veulent que le Cameroun surmonte les crises sans basculer dans la violence, il est impératif de mener des actions de plaidoyer en faveur d’un véritable gouvernement de transition.

Un tel gouvernement de transition devrait avoir un mandat de trois à quatre ans. Il devrait être dirigé par des technocrates expérimentés, reconnus pour leur probité morale et ayant des repères vérifiables en matière de leadership. En outre, ce gouvernement ne devrait pas comporter des personnalités issues des formations politiques. Sa mission première serait de garantir la protection des libertés d’expression et de la presse. Sa responsabilité seconde serait l’instauration d’un système judiciaire indépendant. Dans ce contexte, les magistrats et les forces de l’ordre doivent veiller au strict respect des règles de droit car la loi s’impose à tous et nul n’est au-dessus de celle-ci. Lors du processus d’adoption de la nouvelle Constitution, l’ordonnancement juridique actuel devrait rester en vigueur. En définitive, la période de transition constitue le moment opportun de renforcement des liens de confiance entre les citoyens et les institutions nationales…

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Dr Denis Foretia est chirurgien et co-directeur de Denis & Lenora Foretia Foundation. Il est également Chercheur et Analyste Principal auprès du Nkafu Policy Institute.