Date:August 21, 2017

Economie numérique au Cameroun: challenges et perspectives

Par Gaelle Dejo, Economic Policy Analyst

Aujourd’hui la numérisation irrigue tous les secteurs de l’économie mondiale. Le secteur des technologies de l’information et de la communication (TIC) est devenu un segment majeur de l’économie des principaux pays industrialisés avec une contribution directe de 5,9 % du PIB en Europe et 7,5 % aux États-Unis en 2015 (Commission Européenne 2015). Par contre, la croissance du secteur des télécoms représentait environ 5% en Afrique en 2008 (Tcheng 2008) et le développement du numérique semble y être un des sujets majeurs de débats publics. Malgré les initiatives nationales et régionales à travers une multiplication de rencontres, débats, forums ou salons dédiés à cette question, il y a eu très peu de développement concret, en particulier au Cameroun.

Le continent africain constitue pourtant un marché potentiel énorme et se confirme au fur et à mesure que les citoyens sortent de la pauvreté grâce à cet outil. Cina Lawson, la ministre togolaise des Postes et de l’Economie numérique (diplômée de Harvard Kennedy School), dans un entretien accordé à Forbes Afrique, soutient que le numérique doit être au cœur du développement socio-économique d’Afrique. “L’économie numérique, grâce à la téléphonie mobile essentiellement, a permis à l’Afrique de faire des bonds en avant pour combler ses retards et accélérer sa croissance. Elle a facilité la mise en place de mécanismes de fonctionnement plus efficaces et transparents au niveau des gouvernements, la réduction des fractures sociales et l’augmentation de la productivité de nombreux secteurs économiques. De continent connu pour ses retards technologiques et son manque d’infrastructure, l’Afrique est devenue la terre promise de l’innovation pragmatique, avec l’essor de la téléphonie mobile” (Forbes Afrique 2015). Concrètement, plusieurs des multiples situations d’urgence – sanitaires, agricoles, écologiques, politiques, économiques – qui plombent le continent pourraient être améliorées par une meilleure utilisation du numérique.

Le Cameroun accuse du retard au plan international et se classe parmi les pays à faible score en matière de pénétration de l’internet et des TIC. Cela est dû à une série de contraintes empêchant le développement harmonieux de ladite technologie. Compte tenu de ces nombreuses lacunes, nous examinerons l’état actuel du secteur numérique, les nombreux défis auxquels il est confronté et proposeront des recommandations qui pourraient booster la croissance et créer des d’emplois.

SITUATION DE L’ECONOMIE NUMERIQUE AU CAMEROUN

  1. Valeur ajoutée du numérique au développement

L’économie numérique englobe les activités économiques et sociales qui sont activées par des plateformes telles que les réseaux internet, mobiles et de capteurs, y compris le commerce électronique. En plein essor, elle est un secteur stratégique de l’économie et sa contribution à la croissance des Etats est non négligeable. Faisant partie des grands défis majeurs pour l’horizon 2035, l’économie numérique du Cameroun connait une progression positive. Depuis 2016, des journées dédiées à l’économie numérique sont organisées au Cameroun. Ces journées ont pour origine le désir de participer comme les autres pays à cette révolution numérique et de saisir les opportunités de croissance qui en découlent. L’économie numérique a contribué au développement de nombreux pays. Dans des pays comme le Kenya et le Nigeria, l’économie numérique contribue respectivement à hauteur de  8% (Mutegi 2016) et 11% (Adepetun 2016) du PIB mais représente seulement 3,5% au Cameroun en 2016 (Tchofo 2016). De plus, le numérique, encore loin d’avoir complètement changé les habitudes de productions, modifie les habitudes de consommation à travers les paiements via mobile money, les achats en ligne ou l’accès à certains services de gestion de comptes bancaires sur Internet. 4 millions de camerounais paient et transfèrent de l’argent via le Mobile Money (Nitcheu 2016) contre 26 millions au Kenya et 24 millions au Nigeria en 2016 (The Gardian 2016). Seules 4 entreprises camerounaises sur 7 sont connectées à Internet, contre 5 au Kenya (Engo 2016). Egalement, seuls 15% des agents de nos ministères ont accès à Internet, contre 32% en Côte d’Ivoire (Engo 2016). A travers ces différentes comparaisons, on constate dès lors un grand fossé entre le Cameroun et les autres pays d’Afrique mentionnés.

  1. Réseaux  internet, mobiles et capteurs

Le Cameroun, au cours des dernières années, a connu une croissance accrue du nombre d’utilisateurs mobiles. Aujourd’hui, avec une population estimée à 23,6 millions, il existe environ 5,01 millions d’utilisateurs mobiles selon les estimations d’Ekouti. Cela représente un taux de pénétration d’Internet de 21%. (Ekouti 2017). Ce taux comprend 20% de jeunes âgés de 18-24 ans, 35% âgés de 25-35, 26% âgés de 35-44 ans, 11% âgés de 45-54 ans, 5% âgés de 55-64 ans et 3%  de plus de 65 ans. Environ 1,5 million de personnes utilisent activement les réseaux sociaux, soit un taux de pénétration de 6 % sur la population globale camerounaise. Parmi ces utilisateurs actifs, 1,1 million se connectent à leurs réseaux sociaux via le mobile.

L’implantation modeste, puis rapide d’internet au Cameroun affiche une croissance exponentielle. Avec l’arrivée de la 3G, puis la fibre optique ainsi que des téléphones mobiles, il n’est donc pas étonnant de voir le nombre d’utilisateur d’internet croitre. Le graphique ci-dessous nous montre le nombre d’utilisateurs d’internet entre 2000 et 2016.

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Gaelle Dejo